Le programme des sociétés communautaires, lancé en 2022 sous l'impulsion présidentielle, représente l'un des projets phares de l'économie solidaire tunisienne. Trois ans après son démarrage, les chiffres officiels du ministère de l'Emploi dressent un premier bilan contrasté qui mérite une analyse approfondie.
Les chiffres clés
Au 10 novembre 2025, la Tunisie comptait 230 sociétés communautaires créées. Parmi celles-ci, seules 60 étaient entrées en phase d'activité effective, soit moins d'un tiers du total. Sur le plan de l'emploi, l'ensemble du dispositif n'a permis de générer qu'environ 380 postes.
Ces chiffres sont à mettre en perspective avec les moyens déployés : avantages fiscaux étendus sur dix ans, accès prioritaire aux terres domaniales agricoles, lignes de financement dédiées via la BNA et la BTS, et accompagnement administratif renforcé.
Un cadre juridique en évolution
Face à ces résultats, le gouvernement a révisé le cadre réglementaire en octobre 2025 avec le décret-loi n°3 de 2025. Les principaux ajustements incluent la réduction du nombre minimal de participants (de 50 à 10 pour les sociétés locales, de 50 à 15 pour les régionales) et la baisse du capital minimum requis, afin de faciliter la création de nouvelles structures.
Ce que révèlent nos données
L'analyse des 502 annonces publiées au JORT montre une dynamique plus nuancée que les seuls chiffres d'activité. Le rythme des créations s'est accéléré en 2024 et 2025, avec une forte concentration dans le secteur agricole (268 sociétés, soit 53%) et une couverture des 24 gouvernorats. Sidi Bouzid et Sfax arrivent en tête avec 47 sociétés chacune.
L'écart entre les 502 annonces au JORT et les 230 sociétés comptabilisées par le ministère s'explique notamment par les différentes étapes du processus : publication de l'annonce de souscription, constitution effective, puis démarrage d'activité. Chaque étape filtre une partie des projets.
Perspectives
La loi de finances 2026 prévoit 35 millions de dinars supplémentaires pour soutenir le programme, signe que l'État continue de miser sur ce modèle. Le lancement de la plateforme numérique alahlia.tn en novembre 2025 devrait également contribuer à simplifier les démarches et améliorer le suivi.
Le vrai défi reste celui du passage à l'activité effective : transformer des sociétés constituées en entreprises réellement opérationnelles, créatrices de valeur et d'emploi dans les régions qui en ont le plus besoin.
